Édito OA n°239

Faites du bruit !

Je déteste cette expression. à un point que vous ne sauriez soupçonner. Dès que je l’entends je suis comme l’autre, “ça commence à m’énerver d’une force mais d’une force…” Alors pour que je l’emploie et vous la soumette, que dis-je, que je vous exhorte à l’appliquer, c’est que je ne suis pas trop pas content. Quand, lors d’un concert, le lead se fourvoie avec cette phrase (j’admets qu’il y a belle lurette que je ne suis pas allé voir un concert où le chanteur s’y risque…), j’ai des poussées d’urticaire. Ben non banane, c’est à toi d’en faire, du bruit, et pas que du tapage de kakapo décérébré qui cogne son tambour sans la finesse de ses homologues du Bronx ! Quand un DJ se prend pour Fat Boy Slim et s’époumone dans son usine à Larsen, au mariage du cousin Raymond, en balançant “faites du bruit !” avant d’envoyer Début de Soirée, vous savez chez qui vous êtes. C’en est presque grave : la maxime connote. La sentence, irrévocable, est indéfectiblement au remplissage. Et c’est bien en ce sens, avec mes plates excuses, que je suis contraint de m’y plier. Mesdames mesdemoiselles messieurs, on nous a coupé les cordes vocales. Bourré l’embouchure du cornet à grand renfort d’étoupe, interdit de jubiler de la portugaise désa(b)lée et privé, non sans l’avoir volontairement tu, de l’expectoration jubilo-jouissive de nos échappements préférés.

COMME SI DE RIEN N’ÉTAIT…

Depuis le début de l’année sans être véritablement, je l’avoue, capable de dater le constat, j’ai la désagréable sensation que les engins dans lesquels nous grimpons, pour virulents qu’ils soient, ont oublié de muer. Et les contrastes entre les marques de s’accentuer selon qu’elles soient allemandes ou anglaises, tandis que le phénomène s’accentuait lourdement quand les autos en question débarquaient après Noël… Dans les faits, c’est flagrant, on a collé une sourdine à tous les silencieux mécontents qui faisaient le sel de nos sportives. Et tous ceux qui n’ont pas eu le temps -ou la jugeote- de faire homologuer leurs modèles avant le 1er janvier se sont, goûtez le paradoxe, gentiment fait oindre le conduit. Se faire remarquer avec une voiture à 100 000 € n’est déjà pas du bon goût commun, vous n’allez pas en prime faire étalage de la cavalerie que cache votre capot ?! Au hasard des découvertes, certaines Mercedes-AMG ont la voix cassée quand d’autres, allez comprendre, ont toujours -pour le bonheur de tous- le sphincter rieur. Chez Audi, vous pourrez reconnaître une RS 3 de 2018 rien qu’aux flatulences de son échappement sport et ce, avant même de l’avoir vue au coin de la rue, quand vous peinerez à différencier un RS 4 2019 d’un SQ 7 dans le trafic… Aston semble être passé à travers, l’indécence de ses lignes non expurgées lui valant sous certaines latitudes un jugement instantané pour “mise en danger de l’avis des truies” encourant une “double peine ca-capitale”. Dans l’intervalle ? Les éminences grises de Bruxelles nous pondaient l’obligation, reportée au 1er juillet (et regroupée sous le projet eVADER), de faire faire du bruit aux véhicules électriques… Aussi les constructeurs se réunissent-ils désormais pour trouver comment générer du son pour “prévenir l’arrivée de ces véhicules silencieux” et ce, tenez-vous bien, sans se concerter. Comprenez qu’une Leaf pourra imiter le rossignol, une Tesla l’aspirateur de votre concierge et une Smart ED la joueuse de Tympanon en concert à Wembley… Et pourquoi pas, histoire de profiter des vases communicants dont le principe date tout de même de la Rome antique, proposer les bandes originales de ces futures ex-gloires qu’on a volontairement rendues aphones ? Un V10 atmo de R8 dans une Zoé, ça aurait de la gueule, non ?! Que les glands la mettent en veilleuse, ça, personne n’a encore osé l’imposer et ça se comprend : on risquerait d’entendre les mouches voler… Passez de bonnes vacances mais si vous faites du bruit, je vous en conjure : évitez les fausses notes.

Frédéric Lardenois

 

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