Édito OA n°241

Traits communs

Je ne sais pas si vous vous êtes déjà intéressés à la définition du bonheur mais pour l’avoir étudiée, je constate que nous en avons tous une lecture très personnelle. Charité bien ordonnée commençant par soi-même, je vous préciserai que dans ma paroisse, la chose repose avant tout sur la santé et le bien-être de ma famille, celui des autres m’en effleurant une sans faire bouger l’autre. La vérité est donc lâchée : mon bonheur tient dans celui de très peu de gens et que le reste de l’univers soit malheureux me passe au-dessus de la tête. C’est moche ? Pas grave, et certainement pas plus laid que la définition du Californien rencontré à quelques jours du bouclage et qui me disait, à quelques secondes d’entrer dans l’eau -même pas froide-, que sa vision du bonheur consistait à pouvoir surfer dès l’aube (il était 6 h du matin !) aussi longtemps que son corps le tolérerait et ce, au-delà de toute considération matérielle. Qu’il ait eu une tête à fumer de l’herbe à chat n’y est peut-être pas étranger mais qu’importe, il avait fait un choix que je me dois de respecter. Plus rigolo encore le postulat d’un quidam déniché au fond de la Sarthe lequel, avec une candeur séduisante car teintée de naïveté, m’a affirmé que passer le plus clair de son temps sur un toit (il était charpentier de son état) et ne jamais avoir à pénétrer dans une ville de plus de mille habitants constituait le seul but qu’il ait jamais visé. Je vous en citerais plein d’autres si vous n’aviez rien de mieux à faire mais l’idée, fidèles lecteurs, c’est que si le bonheur est pluriel, la source de nos malheurs est souvent singulière car commune à la majorité. Pauvre, riche, eunuque, unijambiste, vegan ou presbytérien, même combat : on n’aime pas se faire avoir, surtout quand il s’agit d’oseille.

Je ne vous parle pas de saumon encore qu’à y penser, un petit unilatéral grillé participerait à mon bonheur du soir. Ce qui me rend dingue, me hérisse le poil, me les brise menues, me les hache sévère, me casse sévèrement les noix, c’est de me faire dépouiller “officiellement”. Quand un voleur vous cambriole, ça énerve mais in petto, vous ne ressentez pas la préméditation. Ainsi ne parez-vous pas le coup, aussi douloureux que vite oublié. Quand on se fait dépouiller à la sauce officielle, en étant prévenu, on a le temps de se préparer à la débâcle et donc, d’envisager ses conséquences. Manque de bol, rares sont ceux qui assument convenablement le pire sous le prétexte qu’ils sont avertis. Si tel était le cas, nous prendrions des décisions intelligentes à chaque fois que nous doutons et je me contenterais de vous chanter les louanges des fêtes de fin d’année ou d’un Noël tout proche si je ne savais qu’au premier janvier, nous allons nous faire démonter… De quoi causé-je ? Des malus qui vont exploser en deux temps, à la rentrée et avant l’été (à moins que ça ne change d’ici là…). Qui vont transformer, aux yeux (des caisses) de l’état, un SUV compact en missile sol-sol. Sous le prétexte qu’il recrache du CO2, un engin pourra être crucifié sur l’autel de l’écologie. Dans l’intervalle, démerdez-vous pour trouver une alternative, qu’elle soit électrique hors de prix, essence surtaxée voire diesel mal-aimée. Que l’on nous ait annoncé un nouveau barème n’a pas soulevé les foules, aussi je me demande si la sagesse ne consisterait pas, à l’avenir, à s’abstenir de solliciter une narration circonstanciée. Si vous convenez qu’au royaume des aveugles les borgnes sont rois, admettez qu’au train où filent les choses, le benêt effleurera plus vite le bonheur que ses contemporains brillants… Et ça, ça pourra me rendre malheureux.

Frédéric Lardenois

 

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