QUAND RODENT LES TRIPES

Dites-moi ce que je dois faire. Casser des genoux ou faire le dos rond en prônant la douceur et la tempérance, quitte à jouer les hypocrites ?

Tel est le genre de dilemme auquel est confronté le gars soupe au lait. Celui qui n’apprécie pas trop qu’on lui souille le box-calf du Puy dès le réveil mais qui, soyez-en intimement persuadés, place encore dans l’évolution ses plus sincères espoirs. C’est donc en proie à une hésitation valseuse que je me suis mis, pour la dernière fois du mois de juillet (au-delà je me fais porter pâle pour un moment, j’aime autant vous le dire…), derrière mon Mac comme Mozart le fit en 1791 avec son clavecin. Mon but, toutefois, a consisté à boucler cet édito sans calancher, le pépère ayant passé l’arme à gauche avant d’avoir achevé son KV626.

Notez que si l’humanité se passera sans peine de ma (ou mon) prose plutôt que des croches de Wolfgang, je ne suis pas homme à laisser mes assiettes sales au fond de l’évier. Une preuve de plus que l’exercice me contraint : je n’ai pas pu trancher entre la sollicitation du camarade m’exhortant à délivrer des messages melliflus et celle de son acolyte qui m’interrogeait, inapte à mener ses propres règlements de comptes, sur la cause que je m’apprêtais à brocarder tel un mollasson redresseur de torts, fut-ce à tort… Parisien par mes parents mais normand par ma femme, j’ai pris le parti de ne pas en prendre. Ou plutôt si : habité d’une inédite volonté pacifique, j’ai décidé de ménager la chèvre et le chou. D’évoquer avec vous, amis lecteurs aux fesses sableuses dont les traces dans le sable n’auront pas le glorieux avenir d’une empreinte d’élaphrosaurus, le meilleur comme le pire de ces deux derniers mois et par capillarité, leurs conséquences sur ma trêve estivale. Vous imaginerez volontiers que si la planète s’était évertuée à me marcher sur les œufs depuis la parution du n°250, mon été aurait pu tutoyer le maussade. Inversement, d’heureuses rencontres auront pu avoir un impact lénifiant sur votre serviteur et laisser augurer d’un break salvateur placé sous le signe du débrayage cérébro-spinal. La vérité ? Il y eût des deux. Du con. Du vrai, bovin, lourd et gourd, qui s’ignore et s’écoute parler. De celui qui vous pourrit la seule matinée ensoleillée du mois : après avoir omis de vous répondre pendant une semaine, il aura fini par se plier à ses obligations et vous aura téléphoné pour mettre un point final à votre incongru acharnement. Vous, constatant qu’être pris pour un con par plus con que soi relève de la schizophrénie, aviez failli démissionner pour aller tailler des dragonniers à Socotra…

Nous n’étions encore que le 10 juin et je ne donnais alors pas cher de mes nerfs pour mener à terme ce très attendu daté août/septembre. Puis vint le départ pour le road trip. Ou la preuve, dans une période complexe, que le bon sens, l’éducation, la noble ambition et la détermination peuvent encore cohabiter avec le professionnalisme. Une semaine à parcourir l’est hexagonal et le nord de la Suisse pour reprendre foi en l’Homme, offrir mon foie aux tommes et vous présenter une quinzième fois ce tome. Puisque cela fait quinze piges, mes biens chers frères, ouailles et zigues, que notre périple estival a lieu. Et si sa préparation, Covid oblige, n’aura jamais été aussi malaisée, rarement son cours sera autant venu pourvoir mon optimisme. Il existe, en France et ailleurs, des personnalités fortes dont la rencontre justifie de se montrer digne. Nous trouvons encore, dans notre petit sérail automobile, de rares hommes et femmes qui ont fait du jusqu’au-boutisme une conviction et de l’efficacité, un sacerdoce. Et il reste encore, c’est sans doute la note la plus savoureuse, d’infinis territoires que nous prenons toujours le même plaisir à partager avec vous au fil de nos pages (carrément 140 sur cet opus, parce que vous le valez bien !). Sans doute ne les parcourrons-nous plus, dans vingt ans, en M5 CS, 911 GT3 ou McLaren 765LT, mais en AMG EQZ ou Audi R22 e-tron. Si ces dernières procurent alors à nos déplacements l’excitation ressentie à bord des engins précités, je veux bien échanger la pétarade d’un V8 tonitruant pour l’emphysème perturbant d’un moulinet électrique. Parce que la liberté de rouler entretiendra toujours, chez nous autres passionnés, la liberté de penser, de partager ou d’avancer, même masqués… Passez, tous et toutes, de merveilleuses vacances !

       Frédéric Lardenois