Édito OA n°240

Épices et tout…

J’aime l’humour piquant et suis le premier à jubiler d’un propos qui ne manque pas de sel. J’apprécie moins quand l’assaisonnement est à ce point chargé qu’il épuise ma patience avec pour conséquence immédiate que la moutarde me monte au nez. à peine étais-je revenu d’un congé annuel qui, sans me reposer, avait réussi à me soulager les méninges, que d’aucuns s’entendaient à me les tordre… Me voilà en voiture dans les bouchons, noyé comme d’innombrables gaillards au regard hagard : rien d’étonnant pour qui a vécu dans la capitale début septembre. La FM fonctionne tant bien que mal (le DAB en France, c’est quand vous voulez) et le flux de RTL me parvient aux tympans, pas encore acclimatés aux joutes verbales que se livrent chaque soir des spécialistes “s’autorisant à penser dans les cercles autorisés”. Comme pour venir chatouiller ma candeur toute fraîche, le débat met à mal mon cortex préfrontal. Sur le plateau, animateur et invités échangent sur l’interdiction des publicités pour les véhicules les plus polluants. Pire : ça disserte, ça jaspine, ça pérore mais en aucun cas, ça n’avance. Et votre serviteur, au cerceau d’un véhicule de 600 ch directement incriminé, de constater effaré qu’au pays du TGV, certains de nos députés ont toujours un train de retard.

MAIS DE QUOI JE ME MÊLE ?

Dans le viseur des prédicateurs dont l’ubuesque faconde ne cesse de m’étonner, les grosses voitures méchantes. Les SUV -dont on s’évertue à dire qu’ils sont la cause de nos malheurs alors qu’on en vend plus que toute autre carrosserie- en prennent pour leur grade. Sans autre différenciation que leur style, crucifiant les modestes Captur ou Crossland X au même titre qu’un G63 AMG dont le seul fait d’armes consiste à escalader les trottoirs de l’avenue Mozart… Dans le collimateur des gueux au pouvoir, tout engin qui rejette plus de 120 g de dioxyde de carbone au kilomètre. Il faut bien fixer une limite, c’est le propre des lois. Mais à vouloir lui faire suivre les plus idiotes (que seul un idiot fera voter…), on pousse la plèbe à les contourner. Si vous avez le malheur de vous être reproduit plus de deux fois, vous êtes condamné à utiliser un engin à pédales ou mieux, comment n’y aviez-vous pas pensé, investir dans une auto hybride, propre, électrique, neuve, ou le tout à la fois… Peu importe que son financement prive le petit dernier de cours de guitare : vous serez un bon élève. Que dis-je : un bon citoyen. Plus de publicités pour les engins de plus de 120 g/km, c’est la disparition de 90 % des publicités automobiles. La fin des visuels d’image, qui font tenir debout certaines marques dont les produits, moins sobres qu’une compacte anémique, contribuent à les faire vendre. L’éradication, sans autre procès, de toute forme de luxe, de passion et de rêve. Si vous comptiez vous projeter à bord du dernier Porsche Macan en bavant au pied d’un “quatre par trois” publié à sa gloire, ravisez-vous. Même combat à la télévision, dont les coupures vous paraîtront bien fades quand elles se cantonneront aux seules lessives et parfums. Sauf si ces derniers, haut de gamme, chers et fabriqués dans d’obscures conditions, ne sont remplacés par des spots étatiques sur les vertus de l’Eau de Cologne dont chacun sait qu’après tout, “elle est aussi efficace”. Soit : cessons joyeusement de valoriser les engins dont le moteur, au prorata, consomme pourtant moins qu’une pétrolette. Enrayons la démocratisation de leur technologie et il ne faudra pas trois ans pour que les émissions moyennes regrimpent, le remplacement de tout le parc roulant par de l’électrique étant -en quelle langue faut-il diable leur expliquer ?!- rigoureusement utopique. Aider l’acheteur à renouveler son engin pour un plus récent, sans doute serait-ce plus efficace qu’augmenter le prix du carburant pour nous dissuader de rouler. à ce rythme, nous n’aurons bientôt plus le droit d’utiliser de sel, trop dangereux pour la santé, pour assaisonner nos plats. Si l’ambition française consiste demain à vivre des journées aussi grises que le sont nos éminences, je passe mon tour…

Frédéric Lardenois

 

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