Édito OA n°238

Abondance de -pas- bien(s)

Suis pas content. Je n’aime pas trop qu’on me prenne pour une quiche en gelée et comme la plupart de mes contemporains -dont j’espère que vous êtes- je déteste par-dessus tout qu’on me parle comme à un demeuré, surtout quand mon interlocuteur est notoirement plus demeuré que moi. Vous pourrez m’opposer que ce type de réflexion s’adapte à toute situation et que de manière générale, nos allocutaires ambitionnent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes à longueur de temps ce dont j’aurais pu, avec l’âge, faire mon deuil depuis belle lurette. Ça, c’est pour le discours. C’est pénible de recevoir des leçons d’un singe -pas même savant- et je sais que je peux compter sur votre libre arbitre pour faire fi desdits conseils dont vous conviendrez que la plupart du temps, l’émetteur ne tient lui-même pas compte. “Faites ce que je dis, pas ce que je fais” est devenu pour l’homme moderne un fléau de portée équivalente à la paire de Ugg chez les femmes en plein été. Avec un peu d’entraînement toutefois, il est possible de s’en défaire. Moi, par exemple, je parviens assez facilement à m’en cogner, au prix j’en conviens de longues séances d’auto-conviction visant à séparer, presque automatiquement désormais, la bonne parole de l’ivraie. Neuf fois sur dix, “ça m’en touche une sans faire bouger l’autre”…

FAUDRAIT VOIR À PAS TROP ABUSER…

Pour le coup, vous devez vous interroger -à raison- sur le pourquoi de ma prose (j’ai bien dit ma) et vous demander quel but je poursuis alors que je déclare n’avoir cure du comportement d’autrui (comme celui des truies, laies, coches et autres cochons qui s’en dédisent). Et vous faites bien. Ce qu’on me dit passe la majorité du temps par une oreille avant de ressortir aussitôt par l’autre tel un noyau de cerise dans une sarbacane vaselinée. Ce qui coulisse moins, à l’inverse, c’est la contrainte physique. Le comportement imposé. Surtout quand on légitime ladite action “pour mon bien”… Le catalyseur de mon courroux est technologico-marketo-sécuritaire. Et 100 % automobile, vous vous en doutez. Depuis peu, tout engin qui débarque sur le marché, qu’il soit citadin ou luxueux, est accastillé comme un jet. Béquillé comme un cul-de-jatte. Pack Surveillance Route, la nouvelle expression des chefs-produits pour vous mettre la rage. Un témoin pour vous éviter d’oublier la ceinture, je veux bien. Un petit bip répété pour vous rappeler à l’ordre, je valide. Mais un tapage de crécelle façon joueuse de Tympanon, je m’énerve… Une alerte clignotante dans le rétroviseur pour prévenir de la présence d’un scoot dans l’angle mort, je dis banco ! Un flash aveuglant doublé d’une manœuvre d’évitement dans le cerceau, je frappe. Aujourd’hui, on ne peut plus reculer (les radars qui couinent) ni avancer (l’assistance au freinage d’urgence qui pile au moindre écart d’un piéton) sans tomber sous le joug de l’électronique. Le pire, c’est que l’obtention des notes maximales dans certains tests européens (du genre EuroNCAP) est conditionnée par le montage, en série, d’aides controversées. Un Audi Q8 ou une Classe A démarrent, par défaut, avec l’aide au maintien dans la voie sur “on”. Et le conducteur, avec l’habitude, de la placer sur “off” avant même d’avoir commencé à régler son siège… Assistance soit, assistanat, non merci. Je ne suis pas de ceux qui goûtent aux -semi- pilotes automatiques. Pas pour défendre mon plaisir de conduite, bien trop entaché par les responsabilités liées au partage de la route. Mais tant que l’intégralité du parc roulant ne sera pas équipée, l’anarchie règnera. Tant que nous ne serons pas égaux devant la sécurité, j’assurerai seul la mienne et celle de mes passagers. Dites-vous que BMW proposera sur la nouvelle 7 un Speed Limit Assist qui la calera sur la limitation après avoir lu les panneaux… De là à m’interdire Kersauson aux Grosses Têtes pour m’éviter de rire au volant, il n’y a qu’un -petit- pas.

Frédéric Lardenois

 

> Pour recevoir Option Auto chez vous, cliquez ici.