Édito OA n°245

J’ai plus ma tête…

Mais soit à c’qu’on t’dit ! Voilà ce que j’entends régulièrement à la rédaction depuis quelques jours voire, pour être absolument honnête, plusieurs semaines. Des propos que les plus -mieux- cultivés auront immédiatement prêté à Bernard Blier et Lino Ventura dans les Tontons Flingueurs, vous assurant que je ne me suis pourtant pas encore -quoique j’y songe- risqué sur le bizarre. Figurez-vous que je suis vanné. Fatigué, abîmé, échiné, délavé, exténué, fendu, rompu, courbatu, moulu, fourbu… En un mot comme en cent, broken arrow. La raison ? Pas de vacances depuis un an. Jour pour jour. Une année pénible. Dans toutes les acceptions possibles. Et comme vous tous, cuit après une période d’enfermement qui n’aurait pas été insurmontable si elle n’avait été suivi d’un déconfinement faisant la part belle aux inerties. Télétravail. Travail partiel. Chômage partiel. Mi-quart temps. Congés. Télécongés… Je ne sais pas où la France est partie, mais elle n’a pas été souvent là, me laissant trop las pour que je parvienne à me convaincre du contraire. Du coup j’aurais pu, et vous confesse encore nourrir l’envie de le faire, me contenter d’un gigantesque placard lumineux vous incitant, en guise d’édito, à passer de très bonnes vacances. Redoutant de passer à côté (car je le répète, je ne suis que l’ombre de moi-même…), tenez le vous pour dit dès à présent : je vous souhaite, que dis-je nous vous souhaitons tous un excellent, reposant et sanitairement précautionneux repos estival. Je pourrais m’en tenir à cela mais vous savez que j’ai trop le sentiment du devoir pour jongler avec ma conscience professionnelle. Aussi m’apparait-il important, sinon indispensable, que je vous dise en vrac ce qui contribue à la fatigue, morale cette fois, qui m’accable avec persévérance. Les manipulations en tous genres me pompent l’air. La capacité étatique à orienter le propos me les brise menues. Et les annonces démagogiques d’élus auréolés de leur fraîche élection de me porter sur les nerfs dès qu’il s’agit de taper sur les automobilistes…

Dans le désordre, histoire que vous méditiez tout l’été et me fassiez un résumé efficace de vos réflexions courant septembre ? Le fait que le passage à 80 km/h sur la plupart des routes secondaires ait sauvé 349 vies. Ce dont on ne peut que se féliciter, à supposer qu’on puisse me dire exactement comment elles l’ont été par ce levier. Le fait que la Ministre de la Transition Ecologique menace -encore- de mettre en place son malus au poids pour shooter les SUV dont vous savez tous qu’ils se multiplient (on évoque 15 Ä par kilo au-delà de 1 300 kg, soit pas loin de 15 000 Ä pour un RSQ8 qui prend déjà 28 000 Ä dans les dents…). Le fait que la Maire de Paris, aux vélos et trottinettes omnipotents se répandant comme des mouches sur l’étron fumant quitte à mettre les piétons en danger, déclare qu’ils le font pour éviter les transports en commun. Alors que beaucoup, que la peste bubonique les foudroie, sont surtout obligés de prendre leur voiture pour aller travailler. Tout s’entend, tout s’intègre, y compris la responsabilité de l’automobile qui a pourtant fait plus ces quinze dernières années que toutes les industries confondues (si tous les bus et services publics parisiens roulaient à l’électrique, ça se saurait…). Mais gare à vous, donneurs de leçons dont l’éphémère baguette magique aura tôt fait de vous glisser des doigts : si votre stratégie consiste à taper sur les constructeurs pour in fine leur allouer des milliards de subsides et leur éviter le plan social, autant revenir illico à l’époque fructueuse de la dîme et la gabelle en prétextant le droit divin : vous ne gagneriez pas notre respect, mais ça nous forcerait à la mettre en veilleuse.

Frédéric Lardenois

 

> Pour recevoir Option Auto chez vous, cliquez ici.