Puisque j’vous l’dis

Option Auto n°259 (Décembre 2022 / Janvier 2023)

Moi, ma vie, c’est les autres. L’ouverture. L’altruisme. Le don de soi. Comme Enrico, donner, do-do-donner, c’est mon credo. C’est simple : je ne pense pas à moi. Ou pas assez. J’ai beau vouloir me remonter, je souffre de tous les côtés. Je n’ai pas encore la rate qui s’dilate mais j’ai déjà l’foie qu’est pas droit et l’sternum qui s’dégomme. Mon kiné éprouve de la pitié, mon généraliste n’a même plus envie de me voir et seul mon cardio, imaginez le tableau, voit mon avenir en beau. Parce qu’au milieu de cette cacophonie physiologique que l’âge médian ne peut plus freiner, n’attendant même pas la vieillesse et son naufrage, il paraît que j’ai du coeur. Ou qu’il va bien, ce dont je me convaincs que c’est kif-kif… Vous savez, à titre strictement professionnel, comment je le vois ? Le delta de fatigue avant et après les bouclages d’Option. Après celui d’un récent numéro, l’un de mes amis (oui, j’en ai d’abord. Et sans payer…) m’a déclaré avec la franchise qui le caractérise qu’à être trop bon je finissais par être trop con. Ce sur quoi je n’ai pu lui donner tort, convaincu depuis longtemps que les gens bons, par essence, finissent toujours par se faire couper en tranches. Pourquoi vous dire ça ? Parce qu’il y a peu de choses que je/nous (la rédaction ne saurait être exclue de l’affaire) refuse/ons de faire pour peu que cela vous satisfasse. De rat, telle que je vais assurément en arborer une d’ici 24 heures après avoir mis la dernière main à cet opus de Noël. Lequel marque l’ultime publication d’une année 2022 qui restera profondément ancrée dans les annales du magazine et des miennes, par voie -biliaire- de conséquence. Sauf à doubler le nombre de pages du magazine, le peindre en or 24 carats et vous offrir les voitures que nous essayons tous les deux mois, il va devenir hasardeux d’en proposer plus. Ne voyez dans le postulat aucun suffisance, absence de remise en question ni complexe de supériorité : ce serait plutôt le contraire…

Seule notre incessante volonté d’amélioration motive le propos. Il nous faut encore modeler, modifier, retoucher, abonnir et optimiser cette nouvelle formule mais je l’aime déjà beaucoup. Parce qu’elle a de la gueule ! Son format, son papier, ses couleurs, son contenu, tout coûte un bras, mais puisque c’est pour vous, on s’accroche au pinceau. Votre joie de recevoir est au moins égale à notre plaisir d’offrir ? Alors le compte est bon. Les sujets photos font presque tous plus de dix pages : quel intérêt à shooter une nouveauté à plus de 800 km de Paris, passer une semaine à bord et la nourrir exclusivement de SP98 hors de prix (que dis-je, de Diesel Premium !) pour ramener quatre clichés miteux réalisés à l’Instamatic par un photographe souffreteux qui dit avoir trouvé sa vocation devant un tuto d’influenceuse ouzbèque sur TikTok ? Ce numéro 259, disais-je, contient ce qui fait la substantifique moelle d’un titre né en 1984. Des engins iconiques. Pour leurs lignes, leurs performances, leur rareté, leur aura. Des engins mis en scène tels qu’ils doivent l’être, comprenez sur le terrain où vous n’oserez pas aller jusqu’à les utiliser.

Vous n’irez pas en Islande avec l’Enyaq Coupé RS. Vous pourriez -devriez, même !- mais ne le ferez pas. Vous ne roulerez pas 8 jours en M4 CSL équipée en Michelin Cup2R sous des trombes d’eau, et c’est tant mieux. Vous n’enquillerez pas 1 200 km en 24 h avec une Alpina B8… Et ça, c’est bien dommage ! Notre métier -notre passion- ne consistant pas à délivrer de l’eau tiède, nous avons essayé, juste avant que les dindes aux estomacs farcis ne comblent les vôtres, de donner à vous détendre. à penser optimisme plutôt que coût de l’énergie, tueurs d’enfants et guerre en Ukraine. Votre conscience de la réalité vous autorise à l’oublier pendant 132 pages, bulles de légèreté qui vous rendront plus humains que les écoterroristes vous reprochant un manque d’humanité. Être pris pour un con par plus con que soi ne fera jamais pas de vous le mouton qu’on veut vous voir devenir. Puisque j’vous l’dis ! 

       Frédéric Lardenois