Édito OA n°247

À l’un ou aux autres

Nous sommes à quelques heures du point final du dernier numéro de l’année. Cet attendu daté décembre/janvier dont vous me direz tout le bien -ou le mal- que vous pensez de son millésime 2020, vous semblera typique de la lignée par ses largesses faisant office d’agapes anticipées, mais atypique par la migration verticale des boules qui traditionnellement les accompagnent… Je n’étonnerai personne en affirmant que cette année paire aura salement brisé les nôtres, les douleurs personnelles s’ajoutant à celles, nationales voire mondiales, qui nous auront interdit sinon d’aller bosser, en tout cas de concrétiser l’envie de le faire. Chacun aura eu le loisir de réagir à la situation inédite armé de ses propres outils. Chargés à blanc la plupart du temps, nous avons improvisé pour faire face, pour parer au plus pressé et composer sans pouvoir projeter. D’autres, équipés à “balle réelle”, auront prouvé qu’entre rebellions et militantisme acharné, le soulèvement n’était pas loin, attisant la confusion entre justice pour tous et justice de tous… Dans mon coin, entre deux reportages distanciés, projets de sujets avortés et utopique tentative d’anticipation de confinement, j’ai pris le parti de réapprendre à lire. Tout et n’importe quoi, n’importe quoi surtout pourvu que cela m’isole de la litanie anxiogène des manipulations chiffrées, qu’elles soient sanitaires ou économiques. Posant le San-Antonio grâce auquel j’apprenais non sans mal comment reproduire le “hareng saur qui rentre” et le “pipe-line enchanté”, je passais du coq à l’âne -moins douloureux que l’inverse- et sacrifiais mes derniers neurones à parcourir un traité de morale qui me fit tomber sur une sentence aussi notable qu’irrévocable.

Un postulat, devrais-je dire, dont certains font les maximes quand d’autres y voient le précepte à suivre. Vibrant hommage au respect de l’épicène, ce fil d’Ariane était signé Alain. Pas le Rey, cet être supérieur capable de beurrer la sienne tout en se triturant le Robert. Pas le Bashung, dont la petite entreprise aura déposé le bilan trop tôt, laissant Joséphine oser rêver de ses vertiges. Pas non plus le Chabat, puisque vous n’avez -je crois- besoin de personne pour dire je t’aime et qu’accessoirement, je boucle cet édito un mercredi… L’Alain tout court donc pas Delon, libre car sans Barrière et suffisamment décoré pour se passer de Decaux. Né dans le Perche où il apprit vite à prendre de la hauteur, celui qui aura su prouver qu’on peut être fin et délicat tout en ayant un père nommé Chartier m’a donc laissé tout em(Gillot)pêtré. Sans aller jusqu’à évoquer la Poher de ma vie, j’avoue avoir peiné à me relever du virage qu’il me forçait à prendre. Cet axiome, j’ai le droit de vous le citer mais m’en fais surtout un devoir : si le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté. Forcément, pris comme ça à froid, entre la poire (c’est la saison) et le fromage (coolant, bien sûr…), ça interloque. Avec un minimum de perspective pourtant, le propos éclaire autant qu’il est clair : vous pouvez décider seul(s) de votre état d’esprit. Convenir que la situation qu’on nous galvaude, qualifie, déqualifie et malaxe à grands coups d’adjectifs noirs et tourmentés, n’est pénible que quand elle est subie. Que si ses causes sont troubles et sa gestion discutable, ses conséquences sont encore les vôtres. Mon pessimisme est latent, lié aux complexités logistiques, à l’imbroglio économique, aux doutes à moyen terme. Mais mon optimisme est fort, et je m’en nourris complaisamment : je peux aller bosser, et j’aime ça. En digital ou présentiel j’échange, je communique, je prends et j’apprends au gré de ma curiosité. J’ai conduit ces dernières semaines plus d’électriques et d’hybrides que les Français n’ont envie d’en (a)voir et j’ai aimé ça, me prouvant que si demain frappe déjà à nos portes, le présent reste pourtant le plus beau des cadeaux. Y voyant une lumière, la mienne en tout cas, je m’apprête à en faire à tous ceux qui comptent, Noël aidant. Parce qu’au-delà de la date, seule l’intention compte. Ce numéro sera notre premier : puisse-t-il vous aider, même furtivement, à retrouver le sourire que 2020 a presque réussi à nous voler.

Frédéric Lardenois

 

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