Même pas vrai…

Option Auto n°278 (Février / Mars 2026)

Je me suis laissé dire que vous ne lisiez pas tant cette page pour son fond que pour sa forme. La petite souris, dont on imagine volontiers qu’elle a les esgourdes qui traînent à force de rôder sous nos oreillers, est une fieffée garce : elle s’est empressée de me balancer le pot aux roses, preuve que ce n’est pas sur elle que vous devriez « comté » pour protéger vos secrets… En résumé, que j’écrive sur la reproduction des drosophiles au Suriname, la recette du far breton, le modèle de ségrégation de Schelling appliqué aux biens publics (ça vous défrise ?) ou les diligences prescrites par les articles 20 et suivants du décret du 26 novembre 1971 (vous n’avez jamais acheté un appart, bande d’ignares ?!), n’aurait aucune importance à vos yeux. Le seul truc qui vous intéresse, tas de merdaillons, c’est le ton avec lequel je le dis. Vegans de contrebande avides de sang frais, vous ne vous épanouissez que dans le conflit, le règlement de comptes et les bourre-pifs. Un de mes proches amis (si, j’en ai…) m’a annoncé récemment qu’après avoir commencé par lire Option par la fin, histoire de se marrer devant nos trombines du Faisage De (si c’est pas avoir mauvais fond, ça ?!), il était revenu au -bon- sens général mais ne démarrait par le début que pour se repaître de mes rebellions sémantiques. Pire, ma notaire préférée -j’en ai qu’une, notez…- à laquelle on ne saurait prêter une once de malhonnêteté s’est quand même laissée aller à m’avouer (confesser, plutôt !) que le billet d’humeur ne la faisait rigoler que s’il tranchait. Tapait dur, faisait mal, charclait, cassait du glandu. Alors relevez que côté sujets de discorde et population susmentionnée, tout chez votre serviteur fait bombance. Le gouvernement en général et la direction des finances, en particulier, sont des proies faciles tant la bêtise y est plus contagieuse que la blennorragie au Burning Man.

Les décideurs de l’Hôtel de Ville de notre bonne vieille capitale, dont on choisira bientôt si nous y recollons -on aime se faire mal…- une quiche au thon ou une tourte en gelée, sont également générateurs de courroux sans jamais donner l’impression de s’évertuer. Comprenez qu’à ma grande surprise, j’aie donc eu à parcourir quelques-uns des laïus de ces précédentes années pour vérifier, lettres en main, si mes saillies viraient trop gratuitement au méchant. Ce qui m’aurait peiné, croyez-le, parce que si je veux bien qu’on rigole, je n’aime pas trop qu’on se moque… Enfin, pour être transparent, ça dépend de qui ! Wilde disait que la meilleure façon de résister à la tentation, c’est d’y céder, pourtant vous ne m’aurez pas. Pas tant par manque d’envie, parce que ce début d’année est déjà générateur de motifs de fâcherie, que par complaisance avec mon prochain.

Je ne sombrerai pas dans la tendance mielleuse qui vote aux bonnes résolutions une vertu cardinale, j’ai d’ailleurs constaté que je leur avais refait le portrait il y a deux ou trois ans. Je disais alors que la seule à laquelle je me tiendrais consistait à ne plus m’en imposer… Paradoxal, le garçon, ce qui vous donnera du grain à moudre pour me tailler des croupières dès que j’aurai le dos tourné. Mais factuellement, les maraudeurs du drame et autres vampires de la digression en seront pour leurs frais : mon verre est à moitié plein et j’envisage de le remplir jusqu’au bord, me délectant que les œnophiles puissent y déceler un manque criant d’éducation. Le fondant du bonbon est dans le fond du bonbon aussi j’y plonge tout entier. Je ne sacrifie plus le dernier cornichon perdu derrière les aromates et les oignons en pickles : comme ses petits copains vinaigrés, il mérite que je le mange. Il est né pour ça et mourra dans l’exercice de ses fonctions. Je me repais de ce qu’on m’offre sans courir après ce que je n’aurai pas, mais refuse de fuir les défis. Certains constructeurs se battent pour se démarquer ? Qu’ils comptent sur la rédac’ pour saluer leur effort. Que les autres sachent que je ne me ferai plus tartir à renfort de ronds de jambes pour les obliger. Vous, lecteurs, avez des envies ? Puissions-nous participer à ce que vous y succombiez, et nos projets 2026 sont à ce point nombreux que vous risquez l’indigestion. Ne comptez plus sur moi pour aimer ce qui ne mérite pas de l’être, mais soyez assuré que je voterai du kiff à toute émotion créée par du vrai. D’ici là, priez en chœur pour qu’il fasse un temps de chien jusqu’à fin mars : j’aurai de quoi pester contre le printemps tardif dans le prochain billet d’humeur…
 
Frédéric Lardenois
 

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