DU MOU DANS LA CORDE

Option Auto n°280 (Juin / Juillet 2026)

Y’a des gens qui font rien qu’à m’embêter. Briser mon élan, piétiner mes belles résolutions, casser ma motivation. Je vous promets que je fournis des efforts pour voir le verre à moitié plein et ainsi contrecarrer la tendance toute française à l’imaginer à sec, en accord avec le régime auquel on nous soumet. J’ai beau me secouer, rien n’y fait : je m’accroche aux petites choses qui m’émerveillent, me flatte d’un rayon de soleil printanier -faut déjà les trouver-, jubile à l’idée que les motos ressortent des garages ou qu’on va pouvoir décapoter pour profiter du week-end… Mais il y a toujours quelque chose qui vient me tasser les épaules. Prenez ce numéro 280 sur lequel, vous allez le piger en l’effeuillant -c’est mieux que feuilleter, non ?-, nous avons gentiment trimé pendant presque trois mois (biscotte on a attaqué avant la fin du précédent daté). Il y en a partout. Il est plein comme une outre à la mousson, rond comme une queue de pelle, débordant de dopamine et de sérotonine. Comme les impôts de la grande époque, il fonctionne par tiers. De la nouveauté par pelletées, de l’humble mais sexy Raval ibérique à la tonitruante et inattendue Denza (dé)bridée. De la moto par dizaines, le numéro juin/juillet mettant chaque année en valeur ce que les constructeurs de 2-roues nous réservent de meilleur, à nous automobilistes dont les engins à demi train roulant titillent la boîte à sensations. De la petite, de la grosse, de la nerveuse, de la doucereuse, de l’électrique et de la vibrante, de la technophile et de l’organique.

Comme nous vous savons gourmands, nous nous sommes montrés généreux et les avons, à deux reprises, opposées à ce qui se fait de mieux dans les catégories correspondantes : ressortir une R8 de son sommeil forcé et courir la campagne dans un Defender Octa immaculé n’aura pas réclamé de gros efforts, sauf quand il aura fallu les rendre… Le dernier tiers ? Divisé par quatre. Ou multiplié, selon qu’on est juge ou partie, et présenté sous la forme d’anneaux qui eux aussi, jusque récemment, ont valsé entre yin et yang, jour et nuit, anges et démons. Audi is Back, une expression qu’on n’aurait pas mieux trouvée si la marque elle-même n’en avait fait son mantra.

Des compactes survitaminées qui célèbrent le demi-siècle d’une mécanique de légende, une hybride inédite qui tente de faire de la réactivité son cheval de bataille (un parmi 639), un débarquement en Formule 1 où la concurrence n’a jamais été plus pointue et un secret jalousement gardé sous cloche, connu des rares têtes pensantes maison, qui sera révélé au grand jour le 4 juin : Audi reprend des couleurs sans appel de fard, klaxonne en silence, inverse la tendance sur une pente qu’on redoutait glissante. Jamais les produits n’ont été mis en cause, mais la période récente laissait planer quelques doutes sur la capacité d’Ingolstadt à se réinventer sur un marché erratique dont les concurrents et cousins, BMW et Mercedes en tête, donnaient l’impression qu’ils le déchiffraient mieux. Le génie ressort de sa lampe et s’il n’éclaire pas encore le client, il réchauffe l’âme des vendeurs. Le verre de weissbier, heureuse tendance, n’est plus à moitié vide et je croise les doigts pour que rien ni personne ne vienne contrecarrer les plans de reconquête du board local. Souhaitons à Mattia, Rouven ou Robert que la fermeture d’un détroit n’écrase pas leurs ambitions dans l’œuf. Que la menace de réglementations toujours plus dures n’interfère pas sur nos sources de plaisir. Au lancement du nouvel RS 5, j’ai pu longuement discuter avec Rolf Michl, boss d’Audi Sport mais aussi ancien salarié d’Abt. Et échanger plein de souvenirs communs de nos passages respectifs en Allgäu, vifs comme au premier jour, attestant que la passion dépasse langue, culture et frontières. Des souvenirs du type de ceux, ô Bavière quand tu nous tiens, que j’ai accumulés pendant 30 ans derrière le volant de BMW pimpées chez AC Schnitzer. Dont la cessation d’activité fraîchement annoncée résonne, à la rédaction, avec tristesse et déception. Ou la preuve, s’il en fallait, que je ne vous mens jamais : font rien qu’à m’embêter…
 
Frédéric Lardenois
 

>> Lire le sommaire