Édito OA n°235

Contrôle des papiers

Chacun sa spécialité. Si vous attendez de moi, au hasard d’un dîner ou d’une rencontre, 
que je vous conseille sur l’économie mondiale et la propension des SCPI à attirer les investissements des particuliers en 2019, vous risquez probablement de perdre des ronds en vous fiant à mes placements. Simple question de bon sens qui m’évite assez naturellement de me tourner vers mon charcutier pour parler collet battu ou vers un proctologue pour soigner une otite… C’est avec cet infini bon sens qu’un lecteur très fidèle, comprenez depuis le siècle dernier, m’a récemment arrêté dans les allées peu fréquentées du Mondial de Paris. Avec à la bouche, deux questions à ce point précises et fusantes que je l’ai soupçonné un court instant, un poil parano, de m’avoir suivi quelques minutes en se les répétant à voix basse avant de m’alpaguer. Ce monsieur -un Paul d’âge médian plus que moyen- de m’alerter sur ses deux préoccupations principales à savoir la disparition initiée des préparateurs et la médiocrité du niveau d’orthographe dans la presse française moderne, qu’elle soit spécialisée ou pas.

JE N’AVAIS DONC QUE ÇA À FAIRE…
Vous conviendrez que si les deux postulats ont en commun que le second peut interférer sur le récit du premier, il apparaît étonnant qu’il me les ait soumis à moi, qui par définition ne suis pas porteur du verbe ou de la lettre comme l’académicien supporte la palme. Dans un très mauvais jour -de ceux où l’échauffement de votre voûte plantaire à force d’allers-retours entre les halls vous promet des lendemains pénibles…- j’aurais pu, pour un bon mot, lui dire comme Alain d’aller se faire beurrer la Rey. Mais armé de patience et indéfectiblement respectueux de vous, lecteurs, pour qui nous nous évertuons à contourner les pièges du français armés de Bled et Bescherelle, j’ai jugé bon de trouver les arguments adéquats et lui ai promis une investigation poussée. à sa question « automobile », ce dernier numéro de 2018 (qui se trouve, par le hasard calendaire, être aussi le premier de 2019) apporte une réponse aussi pessimiste que sincère. Il est, en effet, prévisible que les préparateurs soient au pire condamnés à s’éteindre et au mieux, cela s’est déjà vu, à être absorbés par un constructeur. Il n’en reste, et je parle de respectables enseignes au savoir-faire avéré, qu’une quinzaine qui tiennent encore debout. Abt, Brabus, Ruf… En voilà que l’on sait déjà proches des firmes qu’ils côtoient. Mais en prenant le soin d’ouvrir des numéros d’il y a vingt ans, je n’ai pu que pleurer la disparition des Racing Dynamics, Nowack, H&H, MAE et autres noms mythiques. Laissant aux Audi Sport, BMW M et autre AMG le soin de faire rêver le client abandonné, sans doute pour son plaisir. L’autre question, par contre, confine à l’optimisme : Option, en 1997, comportait plus de bourdons qu’aujourd’hui, ce qui devrait contribuer à l’enlever à Paul. Aussi admettrez-vous que je l’exhorte à s’en battre les coquilles plutôt que les traquer, l’heure étant à la manipulation des boules de Noël (qui n’en demandait pas tant) et aux cadeaux dont j’espère que cet opus 235, débordant de réalité augmentée, fera partie. Quant à Paul, j’espère que mes réponses le satisferont. Leur ambition n’était pas tant de lui faire plaisir que de lui prouver que si j’ai souvent envie de biaiser, ce n’est jamais en public !

Frédéric Lardenois

 

> Pour recevoir Option Auto chez vous, cliquez ici.