Édito OA n°231

P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non…

Avec l’hiver sans fin que nous venons de vivre, j’ai effleuré l’idée du remplacement de mon auto chérie par une plus récente, moins polluante, et toujours à quatre roues motrices. J’ai jeté un œil aux offres des constructeurs, me suis rapproché d’un concessionnaire comme le ferait chacun d’entre vous, et me suis ravisé quand j’ai compris que le veau qui allait bientôt remplacer mon ronflant V8 teuton allait rapporter plus de 6 500 € à l’État en malus écolo. Pas guéris pour un sous, nous nous sommes tous penchés sur l’achat d’un nouveau véhicule pour les déplacements de la rédaction et avons regardé du côté des autos rigolotes, la quarantaine rugissante qui touche vos serviteurs (ou touchera sous peu, avis aux poulets de trois semaines qui fanfaronnent) nous poussant inexorablement vers les engins ludiques qui nous rappellent notre jeunesse perdue (la mienne, ok…). Après une rapide étude des financements et des TVS, la fameuse taxe sur les véhicules de société -indexée sur le CO2, curieux hasard-, nous nous sommes rabattus sur un trois cylindres turbo essence de 136 ch seulement. Il n’est pas vertueux pour autant, et nous coûte par an de quoi partir en vacances en famille pendant une bonne semaine dans un hôtel 5 étoiles…

PAS GUÉRI, PLUTÔT MOTIVÉ
Nous aurions pu en rester là mais les beaux jours s’annonçant avec le printemps (dont j’ai appris ce matin, en aparté, qu’il ne débarquerait plus le 21 mars avant une bonne centaine d’année, ce qui me déprime au plus haut point étant natif du jour), nous avons également souhaité nous séparer de l’un de nos véhicules « de service ». Pas pour nous faire de l’argent, sinon vous vous doutez que nous l’aurions découpé en rondelles et revendu sur le marché noir sud-saharien au prix fort. Non, sobrement, nous l’avons mis en ligne sur un site de référence -payant- avec la conviction que sous trois jours, il serait parti entre les mains de l’acheteur -solvable- le plus offrant. Un SUV bavarois de 45 000 km avec une liste d’options assez longue pour caler une table, vous pensez donc… C’était sans compter sur son efficace, magistral que dis-je, exemplaire six cylindres diesel de 313 ch dont nous nous étions jusque-là enorgueillis à chaque voyage. Sauf que maintenant, dans les grandes villes, le mazout est persona non grata. Et surtout, bloc moderne ou pas, peu glouton ou pas, doté de tous les filtres adéquats ou pas, le diesel, c’est pas bien. Nous avons été exhortés à nous en équiper, largesses de l’État aidant, pendant des décennies, et le voilà diabolisé. Notre SUV, du coup, n’a pas su éveiller l’intérêt d’un seul amateur en trois mois. Le remplacer ? Avec quel argent ? Le fruit de la vente au rabais ? J’irais bien vers de l’hybride mais… Suis-je bête, les nouvelles normes WDTC qui rentreront en vigueur l’an prochain vont aussi en signer l’arrêt de mort. De l’électrique ? Vous avez vu des prises disponibles, vous ? Alors, on fait quoi ? Un vélo : p’têt ben qu’oui. Une carte Navigo ? P’têt ben qu’non. Je sais : une voiture de collection ou mieux, un de ces miteux vestiges du passé qu’on appelle pompeusement youngtimer pour le vendre dix fois son prix. Histoire de rouler sans vergogne dans la Capitale en contournant les taxes. On applaudit bien fort, et pas que les Normands !

Frédéric Lardenois

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