Édito

Dans quel État j’erre ?

Vous je ne sais pas, mais à titre strictement personnel je nourris une relative inquiétude quant au bon déroulement de l’année en cours. Je ne suis pourtant pas d’un naturel pessimiste et aurais même tendance à verser généreusement dans l’euphorie capiteuse pour pallier un stress génétiquement tenace. Aussi ai-je traditionnellement tendance à voir le verre à moitié plein et me convaincre qu’après la pluie vient le beau temps. Mais à force de constater que l’humain ne rechigne pas à s’abreuver dans l’auge de son voisin et qu’on ne peut rien attendre de la météo qu’une constance dans la médiocrité, je manque de carburant fossile pour alimenter ma pompe à bonne volonté. L’idée, comme ailleurs, consiste peut-être à dénicher des énergies alternatives et renouvelables, histoire de rester autonome. Le hic, c’est que c’est plus facile à dire qu’à faire : je ne vois rien de bon dans notre périmètre immédiat qui pourrait remplir mon réservoir d’optimisme. Quand le prochain numéro d’Option Auto paraîtra fin mai, nous aurons un nouveau président. J’insiste sur le masculin, le fait que nous passions à côté de l’opportunité d’élire une femme étant le seul fait sur lequel tout le monde pourrait s’entendre pendant la campagne en cours. Bien malin celui ou celle qui saurait, en ces premiers jours du printemps, donner le nom de notre prochain représentant. Entre les primaires ubuesques, l’élection de Donald Trump, la sortie de l’Angleterre de l’Union Européenne, l’assassinat médiatique d’un porteur de costards de luxe et la démission du ministre de l’Intérieur pour avoir fait bosser ses enfants l’été… L’histoire récente a su prouver que l’homme, qu’il soit sarthois, écossais ou texan, possède un penchant fâcheux pour la bêtise. Ce qui, en soi, l’humaniserait si la reproduction de ladite erreur ne prenait des allures de running-gag aux quatre coins de la planète, les conséquences s’amenuisant avec la distance puisque régies par la seule loi qui vaille : celle de la proximité. On va construire un mur au Mexique, alors qu’on en a abattu un en 1989. On souhaiterait se défaire d’une union pour laquelle certains ont donné leur vie. Nous allons voter pour une bonne bouille plutôt qu’un programme, puisque personne n’a vraiment l’envie ni le temps -ou l’inverse- d’en lire un. Pourquoi vous dire tout ça ? Parce que les médias, dont nous sommes, ont une énorme part de responsabilité dans le merdier ambiant. A faire les gros titres de détails plutôt que détailler le gros titre, presse écrite, radio et télé noient leur lecteur/auditeur/spectateur dans un océan d’informations parasites. Le but inavouable étant d’attirer le chaland, je m’autorise à conclure que le noir, le mauvais, le trouble et l’effrayant font vendre. Manque de bol, je ne suis plus acheteur et ce, depuis longtemps : j’aime bien acheter du frais, du vert, du rêve, et n’ai pas besoin qu’on me mette le nez dans la m… pour savoir que c’en est. Vous allez voir, de manière exhaustive, ce que le Salon de Genève a accueilli de nouveautés cette année. Des 22 éditions auxquelles j’ai assisté, je n’avais jamais vu pareille richesse, dans tous les sens du terme. Vrai ou faux, n’aimeriez vous pas imaginer que vous puissiez, à court terme, signer le bon de commande d’un des engins dévoilés là-bas ? Pas forcément la McLaren 720S ou la Huayra Roadster, mais une Leon Cupra 300, une Série 5 Touring ou une DS7 Crossback (mouais…) ? Pour m’attirer dans les urnes et gagner mon vote, il faudrait peut être avoir envie de donner envie. Le syndrome de Stockholm, ça existe : à se laisser convaincre qu’on nous tapait dessus à raison, on a fini par laisser les clefs à nos geôliers. Un parti du bon sens, ça ne vous tenterait pas ?

Frédéric Lardenois

 

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