Édito
Guerre des mondes
Bien malin celui qui saurait décrire le paysage automobile européen en 2020.
Un exercice auquel nous nous sommes souvent essayé, mais dont le niveau de difficulté
atteint des sommets tels que je ne m’y risquerais plus. Du côté des évidences, citons
la mise à niveau des prix du carburant (ne rêvez pas à la baisse du sans-plomb, c’est
le Diesel qui augmentera…), la multiplication effrénée d’insipides modèles à pédales et l’extension des malus rédhibitoires. Avec cette sempiternelle faculté hexagonale qui consiste à développer par le bas, pour le bas en tirant toujours plus… Vers le bas. Manque de bol, l’inverse eut révélé une ambition qui nous fait cruellement défaut aussi est-ce aux constructeurs étrangers, généralistes ou non, que les plus belles cartes seront distribuées. Opel se réveille -enfin-, Ford titille les âmes sportives, Skoda fait chavirer le cœur des familles nombreuses et les spécialistes, Porsche en tête, annoncent des résultats financiers supérieurs au PIB de pays déclarés « en voie de développement ». De leur côté, les premiums se régalent. Souffrent, clameront les économistes chauvins, sur les marchés réfractaires à l’innovation. Mais dans l’absolu, recherchent, développent, inventent et surtout, se réinventent. Mercedes, que beaucoup auraient aimé voir cantonné aux seuls chefs d’entreprises seniors, drague un public rajeuni et n’en finit plus d’aligner les missiles sol-sol. BMW, qui ne se réserve plus aux seuls cadres dynamiques pédants, milite pour la qualité de service. Jaguar Land Rover, exsangue en l’an 2000, énerve autant qu’elle attire. La question en suspens, égoïste, touche à la préparation.
Les petites officines, professionnalisation oblige, ont toutes disparu. Et les grandes, raréfiées, doivent s’allier aux multinationales pour envisager l’avenir. De là à ce que toutes, Ruf, Brabus ou Abt en tête, deviennent des filiales intégrées aux constructeurs mondiaux, il n’y a qu’un pas. S’il s’agit de conserver leur savoir-faire et d’en faire profiter les clients, comme AMG et Mercedes en leur temps, je signe. Mais s ‘il est question d’éradiquer la concurrence de PME talentueuses, je descends dans la rue. Dommage que je n’aie qu’un intérêt limité pour la politique, cette cause justifiant qu’un parti anti-médiocrité puisse voir le jour… D’ici là, haut les cœurs : en hommage à Astérix, certains résistent, et les 130 pages qui suivent en témoignent. Brabus, AMG, Infiniti… Quand talent et envie vont de pair, la rédaction jubile. Et si Option se porte si bien, c’est que vous en faites autant. Vivement le n°202 ! F. Lardenois
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