Édito OA n°236

Juste une question de sémantique

Tous les ans, le sempiternel refrain passe en boucle à la télévision et sur les ondes : avec la nouvelle année, il va falloir prendre de bonnes résolutions. Un vœu pieux comme on n’en fait plus, parangon d’auto-conviction autorisant l’homme moderne à s’absoudre de ses anciens pêchés pour peu qu’il promette de ne plus en commettre… Une obligation socio-culturelle à laquelle il y a bien longtemps que je refuse de me plier, convaincu que m’y accrocher m’apporterait plus de contraintes que de satisfactions. Pour preuve, je n’ai réussi à arrêter de fumer, addiction répréhensible au point que je m’en flagelle avec des poireaux, que le jour où je m’en suis senti l’envie. Si la « digestion » de cette castration chimique volontaire (dont l’effet secondaire est justement de redonner du pouvoir érectile, curieuse contradiction…) a été facile, c’est parce que je ne me l’étais pas imposée au lendemain d’un énième excès comme seule la tradition sait en motiver. Après le réveillon, qui n’a pas dit « demain, je me mets à la diète. Plus jamais d’alcool, plus de mélanges, plus rien… Et je m’inscris à la salle de sport. » Laisse-moi rire, soûlard !

ALORS, POURQUOI PAS VOUS ?

En 2019 donc, ne comptez pas sur votre serviteur pour initier quelque falbala que ce soit. L’équipe entretient ses efforts au quotidien pour vous faire plaisir (vous avez déjà remarqué que Pierre allait souvent prêcher la bonne parole chez nos camarades de TF1 !) aussi ne vois-je aucune raison pour que cela change. Pour preuve, il y a plus de chevaux, d’essais, d’infos, de sons et de vidéos à découvrir dans cet opus 236 via la réalité augmentée que dans les deux derniers réunis… Mais si nous nous tenons la chose pour dite, d’autres persistent et signent. Autour de nous germe un phénomène que les grosses entreprises appellent compliance. Un terme familier si CE, DRH et CHSCT sont des acronymes qui vous causent… Le concept, respectable, vise la conformité sociale et les constructeurs automobiles, cette année, ont prévenu qu’ils seraient exemplaires. Je me gausse… Parce que si la chose est évoquée en interne (on parle bien de ceux qui se versent des primes de management s’ils placent des femmes à des postes clefs ?), elle vise surtout l’exemplarité vis-à-vis des tiers. Ce que nous sommes, nous, gars de la presse. Pour faire simple, il va falloir que l’on se méfie des largesses d’une marque qui nous invite dans un grand hôtel, à l’étranger, tous frais payés, pour le lancement d’un nouveau modèle. « N’allez pas croire, surtout, qu’on vous achète. » Soit… à l’inverse, impossible pour nous d’offrir un verre à un directeur marketing, neutralité oblige. Mais publier un numéro dédié à une seule marque dont l’actualité foisonne, c’est compliance ou pas du coup ? Parce que si l’on a réussi à mettre un nom sur le phénomène, il n’est pas très nouveau… Dans compliance, y aurait pas « pliance », surtout ? Ce que je vois surtout c’est qu’au-delà des milieux qui sont les nôtres, la généralisation est à l’oubli de quelques règles de base. Répondre aux appels. Aux mails reçus. Dire bonjour. Merci, aussi… Ne pas cacher une absence de bienséance tolérée derrière un anglicisme que les comités directeurs agiteront devant leurs ouailles en faisant fi du seul principe qui prévale : l’éducation. Anecdote linguistique que les médecins se cachant parmi vous auront détectée : il existe une forme de compliance rigolote puisque dite rectale. Les symptômes ? L’incontinence ! Je l’ai échappé belle car pour un peu, je me croyais atteint mais rassurez-vous, en entendre parler ne m’a jusque-là déclenché que des nausées…

Frédéric Lardenois

 

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