Édito

M’sieur Patel

Et si pour une fois, comme l’illustre personnage des mémorables Petites Annonces, j’intervenais en totale gratuité, saisi d’une soudaine légèreté, pour vous dire « rien du tout » ? Ça nous ferait des vacances, claironnent déjà dans mon dos mes petits camarades de jeu. Et ça m’en ferait aussi, à dire vrai, après les semaines de course folle passées à emballer, sans le peser, ce numéro 226 annonciateur de festivités estivales… Un opus dont nous savions, tradition oblige, qu’il nous amènerait à tester une palanquée de motos en tous genres, puisqu’il est désormais écrit que c’est au printemps que nous vous dévoilons notre dossier annuel dédié aux chevaux de feu, qu’ils soient électriques, dépouillés, à variateur ou à la croisée des genres. Pour 2017 plus que jamais, l’exercice a été salvateur. Rouler cheveux au vent (sous le casque, soit…), le nez prêt à fendre la bise (derrière sa visière, admettons…), est une expérience d’autant plus libératrice que la conduite automobile est devenue anxiogène. Par trop de répression, pour jouer les démagos, et surtout la perte de marqueurs fondamentaux parmi lesquels le plaisir -nécessaire et largement suffisant- qui pousse les plus téméraires à laisser libre cours à leurs envies quand vient l’heure d’adopter une monture. Une moto, par miracle, se négocie bien moins chère, en général, que la plus anémique des caisses à savon modernes. Et offre souvent, quelles que soient ses performances, des sensations que seule une conduite extrême à quatre roues peut égaler. Rouler en électrique, sur un 2-roues, c’est poilant. En modeste vintage, hautement jubilatoire quand la météo s’y prête. Sur un tout- chemin, follement rafraîchissant. Pas de méprise chez les ayatollahs du coupé belliqueux : je ne vire pas ma cuti pour vous annoncer qu’Option se consacre désormais aux seuls motards. Mais je vois dans ce mouvement de passionnés, porté par un instinct viscéralement grégaire, une alternative rassurante à l’autophobie générale. Française, pour le moins, comme nous avons pu nous en convaincre en franchissant la Manche. Sur leur île, les Anglais ne mettent pas dans le mille à chaque coup. Sur bien des sujets dont nous laisserons la nouvelle présidence débattre à l’envi, nos cousins grands-bretons savent aussi s’y mettre, et sans l’assistance continentale. Mais question mécanique, un stage en immersion serait bienvenu -et obligatoire- pour chacun de nos administrés. Au Pays de Galles, peu importe l’âge du badaud : l’automobile est vecteur de passion. D’intérêt, dans le pire des cas, mais jamais de raillerie, de jalousie ni de suspicion. En rase campagne ou en ville, les Anglais engagent la conversation : si la mécanique est un prétexte à l’échange, j’achète sur le champ et je paie en livres ou en euros ! De retour dans l’Hexagone que je me plais à arpenter en long, en large mais certainement plus en travers, au volant d’un bolide « générateur de méfiance », j’ai entendu un passant dire de moi que j’étais probablement agent de footballeur. De deux choses l’une : soit c’est une insulte, et je m’interroge lourdement sur nos échelles de valeur. Soit le sport de haut niveau concentre à lui seul les notions de réussite à laquelle aspirent mes contemporains. On nous demande quotidiennement si les voitures que nous essayons sont à nous. Et les inquisiteurs de nous témoigner plus d’admiration quand nous leur répondons les avoir volées. L’automobile est un plaisir, et l’automobile est un tabou. Je n’accepterai pas que mon plaisir le devienne, dussé-je me mettre au gallois, tel Astérix, pour m’en défendre !

Frédéric Lardenois

 

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